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Suite aux incendies qui touchent actuellement la Gironde, et notamment l’incendie de La Teste de Buch, le Zoo du Bassin d’Arcachon a vu une partie de ses animaux être évacuée afin de prévenir toute menace. Solidaires de leurs confrères, les équipes du Parc Zoo du Reynou se sont rendues sur place en début de semaine afin d’aider à la préparation de l’évacuation. Aujourd’hui, le parc accueille temporairement 7 animaux, en attendant de pouvoir les renvoyer dans leur zoo quand la situation sera maîtrisée.

L’incendie de La Teste de Buch qui menace le Zoo du Bassin d’Arcachon a fait naître un élan de solidarité énorme dans le monde des parcs zoologiques français. Nicolas Lefrère, directeur du Parc Zoo du Reynou et présent sur place avec une partie de notre équipe ce lundi jusque tard dans la nuit, nous raconte comment les événements se sont déroulés.

Quand et comment avez-vous été contactés pour aider à l’évacuation du Zoo du Bassin d’Arcachon ?

Nous avons été contactés lundi par François Gay, directeur du Bioparc et vice-président de l’AFdPZ (Association Française des Parcs Zoologiques) pour solliciter notre aide suite à l’obligation qu’a eu le Zoo du Bassin d’Arcachon d’évacuer une partie de ses animaux, pour des questions de sécurité. Nous avons évidemment répondu immédiatement à l’appel, la situation nécessitant une grande urgence (des fumées toxiques étaient attendues pour 18h sur le parc, elles n’arriveront finalement que vers 22h).

Nous avons chargé le maximum de matériel de capture et de caisse de transport puis nous sommes partis à 5 personnes : notre vétérinaire et sa stagiaire (l’évacuation impliquait la présence d’un maximum de vétérinaires possibles pour les anesthésies), un soigneur, notre assistant curateur et moi-même. Nous sommes arrivés sur place entre 16h et 17h.

Quelle était la situation une fois arrivée sur place ?

Dès notre arrivée, nous avons senti la notion d’urgence absolue. Il y avait de gros bouchons dûs aux évacuations en cours (qui se rajoutaient aux évacuations des autres structures, comme les campings, les parcs équestres…), des barrages de CRS, des routes fermées… Le feu n’était qu’à 150 mètres du zoo ! La fumée et le rougeoiement des flammes étaient visibles depuis le zoo, et la température sur place était de 46°C. Il était donc indispensable d’agir rapidement pour protéger les animaux.

Heureusement, beaucoup de nos confrères avaient également répondu à l’appel : nous étions une quinzaine de structures présentes, chaque parc zoologique ayant amené son/ses vétérinaire(s) ou des soigneurs. Nous avons été parfaitement accompagnés dans cette opération par les services de l’État : les gendarmes qui nous ouvraient la route, les pompiers qui devaient protéger le zoo quoi qu’il arrive… L’OFB (Office Français de la Biodiversité) était également présent pour le comptage et la vérification des animaux extraits et mis en sécurité. On sentait un vrai élan de solidarité de la filière !

Le feu n’était qu’à 150 mètres du zoo ! La fumée et le rougeoiement des flammes étaient visibles depuis le zoo, et la température sur place était de 46°C. Il était donc indispensable d’agir rapidement pour protéger les animaux.

Comment l’évacuation des animaux s’est-elle déroulée sur place ?

L’objectif de lundi, au vu de la situation d’urgence, était l’évacuation d’un maximum d’animaux vers le Zoo de Pessac, situé à une trentaine de minutes, et de mettre les animaux restants en sécurité. Il a fallu évidemment sélectionner les animaux qui pouvaient être transportés. La collection du Zoo du Bassin d’Arcachon étant d’environ 900 animaux, dont de très gros herbivores comme des éléphants, des girafes ou des rhinocéros, il était indispensable de choisir les animaux dont le déplacement en urgence ne serait pas trop complexe.

Un peu moins de la moitié des animaux ont finalement été déplacés (380 animaux) : les primates, les oiseaux et les petits mammifères principalement. Les animaux restés sur place ont quant à eux étaient calfeutrés dans des bâtiments récents, qui ont été ensuite arrosés par les pompiers pour les rafraîchir et éviter que la chaleur soit trop importante à l’intérieur.

De notre arrivée et jusqu’à 22h, heure où les fumées toxiques ont finalement commencé à survoler le zoo et où les pompiers nous ont donné l’ordre de partir, nous avons fait le maximum de captures, de chargements en caisse et de déplacements vers Pessac. Une petite partie de l’équipe du Zoo du Bassin d’Arcachon est restée sur place pour la nuit, pour gérer les animaux restants en cas de besoin.

Quelle était la situation à Pessac, où les animaux étaient évacués ?

Il faut savoir que les premières informations qui nous parvenaient étaient assez rassurantes : le feu devait être maîtrisé rapidement et les animaux devaient revenir sur le zoo dès le mercredi. Cela impliquait que seuls les grands primates et les grands félins auraient été déplacés vers d’autres zoos en attendant, via les camions réfrigérés des transporteurs professionnels qui arrivaient le mardi matin. Malheureusement avec le vent changeant, la situation a évolué et il devenait impossible de ramener les animaux avant la fin de semaine. La décision a donc été prise le mardi matin de dispatcher les animaux vers les parcs zoologiques volontaires, qui avaient des capacités d’accueil suffisante et des installations adaptées.

Il y a eu un énorme travail de fond avec une équipe de 4-5 personnes qui répertoriaient les animaux évacués, listaient les parcs zoologiques qui pouvaient éventuellement les accueillir puis coordonnaient avec les transporteurs les déplacements vers chaque structure. C’était un véritable challenge : à 5 personnes, ils ont réussi en moins de 24h à organiser le transfert de 380 animaux vers 22 zoos !

Comment a été décidé le choix des espèces déplacées en fonction des zoos ?

Il était nécessaire de garder une certaine logique dans les déplacements : ne pas éparpiller trop les animaux, ne pas casser les couples, conserver la taille et la forme des groupes… L’idée était de faciliter leur future réinsertion au Zoo du Bassin d’Arcachon. Les animaux ne devaient donc pas perdre tous leurs repères, les groupes ne devaient pas être trop cassés, etc.

De nombreux parcs se sont portés disponibles, avec des espaces pour accueillir des animaux. Au final, 22 parcs ont été sélectionnés dont le Parc Zoo du Reynou. Je retiens vraiment cet énorme élan de solidarité, cette grosse cohésion entre tous les parcs face à cette situation extraordinaire, d’autant plus que nous sommes en pleine saison. Tout le monde a répondu présent, que ce soit les parcs, les vétérinaires, les prestataires extérieurs, les transporteurs, les services de l’État et même l’agglomération ! À ma connaissance, cela n’a jamais été fait par le passé. Il y avait une vraie compassion chez tous les professionnels, une forme de détresse chez les soigneurs, de nombreuses émotions… Toute cette situation exceptionnelle et ces sentiments divers ont permis un vrai exploit en si peu de temps.

Il était nécessaire de garder une certaine logique dans les déplacements […] afin de faciliter leur future réinsertion au Zoo du Bassin d’Arcachon. De nombreux parcs se sont portés disponibles.

Quels animaux sont actuellement accueillis au Parc Zoo du Reynou ?

De notre côté, nous sommes revenus sur Limoges dans la nuit, vers 6h du matin. Le mardi matin, nos échanges ont continué et la décision a donc été prise de dispatcher les animaux sur les autres structures. Bien que nous aurions pu en accueillir davantage, on nous a affecté 7 animaux selon la logique de groupe expliquée précédemment. J’ai repris la route mardi en début d’après-midi afin de récupérer :

  • un couple de pandas roux ;
  • un couple de binturongs ;
  • une femelle raton-laveur ;
  • 2 vanneaux soldats qui étaient nés au Parc Zoo du Reynou, et qui avaient été envoyés au Zoo du Bassin d’Arcachon il y a quelques mois seulement.

Comme ces derniers connaissaient déjà les lieux, nous les avons remis dans leur précédente volière. Les pandas roux, les binturongs et la femelle raton-laveur sont quant à eux dans des installations aménagées et adaptées. L’idée est de ne pas les mettre en contact avec nos animaux, afin de ne pas créer de problèmes ni de nouveaux groupes qui complexifieraient leur futur retour à La Teste de Buch. Notre vétérinaire vérifie leur état de santé matin et soir.

Avez-vous toujours des contacts avec les équipes du Zoo du Bassin d’Arcachon ?

Nous sommes évidemment en contact régulier avec les équipes sur place. Il reste entre 350 et 400 animaux là-bas, qui n’ont pas pu être évacués et qui sont donc chouchoutés un maximum. Puisqu’une moitié des animaux du parc a été évacuée, cela laisse plus de temps aux équipes pour prendre soin des animaux restants !

Toute l’équipe du Parc Zoo du Reynou espère que cette situation rentrera dans l’ordre le plus rapidement possible. Nous sommes fiers de cet élan de solidarité de la filière face à une situation unique, et apportons tout notre soutien au Zoo du Bassin d’Arcachon, mais aussi aux populations et professionnels présents sur place et qui sont affectés par ces incendies.